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L’Allemagne veut produire son électricité sans nucléaire ni énergie fossile et mise beaucoup sur l’hydrogène

Son Chancelier a déclaré que c’est une erreur stratégique, mais sans changer de politique

 

L’Allemagne veut produire son électricité sans nucléaire ni énergie fossile et mise beaucoup sur l’hydrogène. Georges Sapy et moi-même, Henri Prévot, avons décidé de comparer un mix électrique tout renouvelable inspiré de ce que nous pouvons savoir, selon différentes sources, du mix électrique ainsi projeté par l’Allemagne, à un mix où les productions éoliennes et photovoltaïques seraient remplacées par une production nucléaire et où il n’y aurait pas d’apport externe d’hydrogène.

Nous mettons à la disposition de tout un chacun non seulement les hypothèses que nous avons retenues, mais aussi le moyen de calcul que nous avons utilisé. Ainsi chacun aura la possibilité de contester le résultat – mais aussi l’obligation de préciser ce qui, dans les hypothèses ou le mode de calcul, lui paraît contestable. C’est une exigence pour permettre un débat objectif ouvert.

Cette étude présente deux volets : un volet technique qui porte notamment sur la stabilité et la vulnérabilité d’un réseau électrique sans suffisamment de machines synchrones, nucléaires ou autres, et un volet économique.

Ici est présentée la méthode retenue pour la partie économique de cette étude.

Il y a deux sections : une réplique de ce que l’on connaît du projet allemand et la construction d’une hypothèse de mix électrique répondant à la même demande sans éolien ni photovoltaïque ni apport extérieur d’hydrogène.

On utilise SimelSP3H, nouvelle variante de SimelSP3 où le gaz apporté au système électrique peut être dans une certaine mesure de l’hydrogène. Ici, c’est 100 % d’hydrogène supposé décarboné.

Voir ici une présentation de SimelSP3H ; celui-ci  peut être chargé facilement .

Il est publié avec, comme données d’entrée, une consommation et un potentiel de production électrique qui pourraient être ceux du système électrique en France dans les années à venir. Ces données d’entrée peuvent être modifiées par l’utilisateur.

Attention : les données à charger dans le simulateur sont dans des cellules jaunes ou orangé : ne pas toucher aux autres.

On verra ici, sous un format pdf, d’une part la réplique que nous avons faite du programme allemand, aussi fidèle que possible, sans nucléaire, et d’autre part ce que pourrait être un parc de production répondant à la même demande sans éolien ni photovoltaïque ni apport extérieur de gaz. On retrouvera ces résultats en chargeant le simulateur sur son ordinateur et en introduisant les hypothèses qui figurent sur les documents au format pdf.

 

Une réplique du mix renouvelable inspiré du projet allemand

Les valeurs à introduire dans simelSP3H sont nombreuses – on n’a rien sans rien…

Comme expliqué dans le document qui présente cette étude, on a pu se référer à des sources assez précises, mais de provenances diverses. Il a fallu compléter les informations disponibles, ou encore faire des interpolations pour trouver une cohérence entre les données disponibles. Ces ajustements à la marge n’enlèvent rien au fait que le mix étudié est 100 % renouvelables.

Faute de connaître les profils horaires de consommation et d’activité éolienne et photovoltaïque, avec SimelSP3H il est possible de se référer aux profils horaires réels de consommation et d’activité éolienne de cinq années différentes en France. Le profil horaire de la production photovoltaïque est celui de l’année 2013.

La part de biomasse pilotable a été ajustée pour que la capacité de production d’électricité, exprimée en GW, soit proche des hypothèses allemandes.

Par ailleurs, la simulation distingue deux sortes de production hydraulique : une partie non pilotable et une partie pilotable (pour faire simple, lorsque le niveau de l’eau des lacs de barrage monte ou descend par rapport à son niveau moyen sur quelques semaines). Il a fallu faire des hypothèses sur la part « de base » et la part pilotable qui, elle, s’apparente à des STEPs.

La capacité de production par des moyens de production à flamme fonctionnant ici à l’hydrogène, est très élevée dans le projet allemand ; c’est manifestement pour pouvoir surmonter des circonstances de manques de vent et de soleil très défavorables.

La simulation calcule le besoin d’apport d’hydrogène qui en résulte.

La simulation permet aussi de paramétrer le coût des réseaux ; cela a été fait à partir des données connues sur la situation en Allemagne.

Le besoin de stockage d’hydrogène est calculé par SimelSP3H. Le résultat est réputé suffisant pour surmonter les périodes de froid sans vent et avec peu de soleil.

 

Un parc de production et de stockage sans éolien ni photovoltaïque ni apport de gaz -gaz fossile biométhane ou hydrogène

A partir de la réplique du projet allemand, pour passer à un parc de production sans éolien ni photovoltaïque les données d’entrée à modifier sont peu nombreuses.

L’objectif est de répondre à la demande en toute circonstance, sans biométhane ni aucun autre apport de gaz extérieur et en dépensant aussi peu que possible.

Une situation proche de l’optimum a été trouvée par tâtonnement. Ce n’est sans doute pas LA solution optimale, mais cela n’a guère d’importance car l’optimum est « plat » : des parcs assez différents conduisent à des dépenses très proches.

L’encadré suivant détaille comment nous avons procédé.

 

Passer d’un parc de production d’électricité sans nucléaire à un parc de production sans éolien ni photovoltaïque, ni production à partir de gaz fossile ou d’hydrogène apporté au système électrique

 Le principe : on calibre les moyens de production nucléaire, éolien et photovoltaïque, la capacité de production à partir de gaz, la capacité d’électrolyse pour produire de l’hydrogène qui servira à produire de l’électricité (procédé P2G2P), la capacité des batteries (en GWh) et la capacité de stockage d’hydrogène (en TWht) de façon à pouvoir répondre à la demande dans des conditions défavorables. Celles-sont représentées par les profils horaires de consommation et d’activité éolienne en France en 2012.

1- Pour se baser sur les profils horaires de l’année 2012 cellule K14, taper 2.

2- Puis annuler les capacités éoliennes et photovoltaïques : cellules 123, I25 et J23. Attention : taper, non pas 0 mais 0,01 pour éviter des « div par zéro ». La production annuelle à partir de gaz apporté au système autre que le biométhane monte à 840 TWh : cellule L54.

3- Puis augmenter la capacité de production nucléaire en regardant ce que devient la production à partir de gaz autre que le biométhane. A partir de 70 GW nucléaire, l’inertie des machines tournantes suffit à préserver la stabilité du réseau : en cellule S26 taper 0. Le processus P2G2P est inopérant ; il est donc inutile d’avoir une capacité d’électrolyse : en N32, taper 0. De la même façon, les batteries sont inutiles : lorsque l’on tape 0 en cellule H33, la production à partir de gaz autre que le biométhane ne change presque pas ; donc taper 0 cellule H33. La production à partir d’hydrogène importé dans le système est 340 TWh. Il faut donc augmenter la capacité nucléaire. Avec 100 GW nucléaire, la production à partir d’hydrogène importé est encore de 140 TWh et il n’y a pratiquement pas de possibilités de production excédentaire.

4- Avec 130 GW nucléaire et sans P2G2P, il faut encore une production à partir de gaz apporté au système et il apparaît des possibilités de production excédentaire. Il est donc possible de réduire l’apport de gaz extérieur en en produisant par P2G2P et aussi à l’aide de batteries. Les batteries ont un bon rondement mais coûtent cher ; le P2G2P a un mauvais rendement et coûte moins cher ; de plus, dans les conditions de consommation habituelles, l’électrolyse du P2G2P produit de l’hydrogène qui pourra être exporté du système.

5- SimelSP3H calcule le besoin de capacité de production à partir de gaz, toujours dans les conditions défavorables : cellule R62. C’est 49,7 GW. C’est donc cette capacité qu’il faut pour répondre à la demande quelles que soient les conditions ; on tape 50 dans la cellule S37.

6- L’utilisateur du simulateur choisit une capacité de batteries. Pour cela, il tient compte du fait que les batteries rendent d’autres services que ceux qui sont reproduits par la simulation. L’étude Sapy-Prévot retient 180 GWh de batteries (cellule H33) – tout en sachant que, pour équilibrer au pas horaire fourniture et demande d’électricité, ce pourrait être moins.

Alors l’ensemble des moyens de flexibilité, y compris la flexibilité de la production hydraulique, s’élève à 240 GWh. Cette capacité de « stockage au sens large » permet de diminuer le besoin de capacité pilotable de 17 GW. Cellule K38, taper 17.

7- L’utilisateur recherche comment ajuster la capacité nucléaire et la capacité du P2G2P de façon à répondre à la demande dans des conditions défavorables ET à minimiser les dépenses dans les conditions habituelles.

L’étude Sapy-Prévot retient 130 GW nucléaire et 18,5 GW d’électrolyse pour P2G2P.

8- Le besoin de capacité de stockage d’hydrogène est, lui aussi, calculé pour répondre à la demande même lorsque les conditions sont défavorables. Le simulateur calcule 41 TWht (cellule Y50). Par précaution supplémentaire, l’utilisateur tape 50 TWht dans la cellule Y51.

Le parc de production permettant de répondre à la demande sans éolien ni photovoltaïque et sans apport d’hydrogène même dans ces circonstances défavorables est ainsi formé. SimelSP3H calcule toutes les dépenses annuelles de production, de réseau et de stockage d’hydrogène.

9- Les productions et les dépenses en situation habituelle : en cellule K14, taper 4. Le système peut exporter 31 TWh d’hydrogène (cellule K55). Le coût de production d’électricité, déduction faite de la valorisation de l’hydrogène exporté, est 106,5 €/MWh (cellule C50).

 

Batteries v/c P2G2P : il serait possible d’équilibrer au pas horaire la fourniture et la consommation d’électricité avec moins de batteries et un peu plus de capacité d’électrolyse, par exemple : 50 GWh de batteries au lieu de 180 GWh et 20 GW d’électrolyse pour P2G2P au lieu de 18,5 GW ; alors le coût de production d’électricité, déduction faite de la valorisation de l’hydrogène produit en excès est, 101,3 €/MWh. Mais une forte capacité (en GWh) de batteries permet de réagir très rapidement aux perturbations.

 

 

 

Analyser la différence de dépenses entre zéro nucléaire et zéro éolien et photovoltaïque

Le résultat est frappant : avec les hypothèses retenues dans cette étude, sans nucléaire le coût est largement supérieur au double de celui d’une électricité produite sans éolien ni photovoltaïque et avec suffisamment de nucléaire : 250 €/MWh contre 107 €/MWh d’électricité effectivement consommée, après les pertes en lignes sur les réseaux.

Ce résultat peut étonner. L’étude permet de l’analyser.

Par ailleurs, SimelSP3H permet de mesurer en quelques secondes la sensibilité du résultat à la valeur des différents paramètres dont il dépend.

Par exemple, dans l’hypothèses sans éolienne ni photovoltaïque, si l’investissement nucléaire est 9000 €/kW au lieu de 7750 €/kW, le coût de l’électricité est 116 €/MWh au lieu de 107 €/MWh.

Dans l’hypothèse sans nucléaire, si les batteries coûtent 100 €/kWh au lieu de 280 €/kWh, le coût de l’électricité est 246 €/MWh au lieu de 253 €/MWh.

 

Etudier d’autres parcs de production d’électricité et d’hydrogène

Il est évident que l’hypothèse « sans éolien ni photovoltaïque » ne peut pas se réaliser, ne serait-ce que parce qu’il est efficace d’utiliser les moyens déjà installés. Mais les conclusions de cette étude faite sur l’Allemagne devraient freiner sérieusement le rythme de progression de l’éolien et du photovoltaïque en France et dans l’Union européenne.

Si une forte augmentation de la capacité nucléaire en France ou dans l’Union européenne ne permet pas d’atteindre le « zéro émissions nettes » dès 2050, ne serait-il pas possible de se rappeler que le CO2 ignore les frontières et de chercher comment éviter au moindre coût des émissions de CO2 hors de France en quantité égale à ce que nous émettrons encore en 2050 ?

A vous de jouer !

Pour toute demande d’explication éventuelle : heuri.prevot@wanadoo.fr

 

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